Le sport-santé, un levier d’inclusion et un enjeu de solidarité

Article publié le 17 juin dans La Nouvelle Revue Politique

Dans quelques semaines, nos politiques vont entrer dans le marathon du PLFSS dans un contexte budgétaire contraint et d’inquiétude réelle sur l’accès de tous à la santé comme aux soins. La France traverse une période de profondes mutations en matière de santé : 95 % de la population adulte est exposée à un risque de santé en raison d’un manque d’activité ou d’un excès de temps assis. Face aux enjeux majeurs de sédentarité, au surpoids, à l’obésité et à l’augmentation des maladies chroniques, le déploiement d’une offre de proximité inclusive est une urgence de santé publique autant qu’un formidable outil de cohésion sociale, que ce soit dans les zones urbaines ou rurales. Pour ces raisons, le sport-santé ne doit plus être appréhendé comme une simple activité de loisir ou une déclinaison du sport en club, mais bien comme une politique publique transversale, un choix de vie et un enjeu de qualité de vie au travail dans les entreprises.

Un impératif de santé publique

Les maladies chroniques, diabète et obésité, touchent environ 47,3 % de la population et en priorité les plus vulnérables et les précaires chez qui les niveaux d’activité physique sont les plus faibles.

En France, 28 % des adultes (de 18 à 79 ans) déclarent passer plus de 7 heures par jour en position assise et, dans la plupart des régions, les inégalités territoriales et sociales sont criantes. L’inactivité physique et la sédentarité sont des facteurs de risques majeurs. Les maladies chroniques, diabète et obésité, touchent environ 47,3 % de la population et en priorité les plus vulnérables et les précaires chez qui les niveaux d’activité physique sont les plus faibles. L’activité physique ne peut plus seulement être pensée dans les stades ou les gymnases. Elle doit être reconnue et promue comme une hygiène de vie, une thérapeutique non médicamenteuse incontournable. Elle agit à tous les niveaux de prévention (primaire, secondaire et tertiaire) pour ralentir l’évolution des pathologies et améliorer la qualité de vie. L’accès au sport-santé est donc un droit qui doit être garanti, partout et pour tous, à tous âges, pour réduire le gradient social de la maladie.

Élus locaux et entrepreneurs aux manettes

L’accès au sport-santé est donc un droit qui doit être garanti, partout et pour tous, à tous âges, pour réduire le gradient social de la maladie.

Alors que le fossé des inégalités genrées se creuse de plus en plus entre la pratique sportive des hommes et celles des femmes, avec un fort décrochage chez les jeunes filles de 15 à 17 ans, on peut se demander si le sport-santé ne devrait pas relever du Premier ministre et de l’interministériel au lieu du seul ministère des « Sports ». Il s’articule en effet avec la santé, l’aménagement du territoire, l’éducation, l’égalité femmes-hommes, les transports, la qualité de vie au travail ou encore le logement… Et dans les territoires, c’est à l’échelle régionale, communale et au niveau des entreprises que cette politique prend vie. Au quotidien, les maires, les élus locaux et les entrepreneurs responsables de proximité ont conscience de ces enjeux et tentent avec les moyens du bord de travailler en coordination. Leur engagement personnel est réel ! Ils essaient de construire des passerelles entre des mondes qui se côtoient mais se parlent peu : les professionnels de santé (CPTS, médecins), le mouvement sportif local, les institutions (ARS, DRAJES), les salariés, les indépendants et plus généralement les citoyens. Dans des territoires fortement urbanisés comme à Paris ou dans d’autres départements plus ruraux, s’appuyer sur les Maisons Sport-Santé démontre que c’est l’alliance entre une impulsion associative, l’écoute de l’ARS, l’appui de la DRAGES, le soutien des maires pour l’accès aux locaux, l’engagement des entrepreneurs pour l’aménagement des horaires de travail et l’adhésion des habitants qui crée une dynamique durable.

On peut se demander si le sport-santé ne devrait pas relever du Premier ministre et de l’interministériel au lieu du seul ministère des « Sports ».

Un levier d’inclusion

Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris ont été une belle vitrine d’inclusivité du sport de haut niveau dans la ville, mais aussi une prise de conscience de l’étendue du chemin qui reste à parcourir pour rendre le sport-santé opérationnel, accessible à tous et durable. S’il faut bien entendu continuer de valoriser nos champions et subventionner les clubs sur leurs résultats compétitifs « les médailles », le mouvement sportif doit faire aussi sa révolution culturelle et accepter que l’on prenne désormais en considération son engagement sociétal, sa capacité à créer des sections sport-santé et à en mesurer la vitalité. Dans les territoires, si les communes ne peuvent pas dépenser plus, elles peuvent investir dans le sport-santé en réorientant leurs priorités budgétaires pour optimiser l’utilisation des équipements (créneaux horaires élargis, ouverture à tous, accessibilité financière des licences pour les plus fragiles). Cessons également l’autosatisfaction et les effets d’annonce sur l’inclusion sportive du handicap. En France, le handicap concerne 15 % de la population, également touchée par les méfaits de la sédentarité. C’est donc une priorité d’inclusion dans nos villes, dans les zones rurales et aussi dans nos entreprises. Enfin, arrêtons de voir l’entreprise comme le financeur d’appoint pour boucler des dépenses d’équipements. Avec la révolution de la RSE, la QVCT… le monde économique est un partenaire fiable d’action et d’innovation sociétale. Car favoriser le sport en milieu professionnel permet de lutter contre la sédentarité des salariés, de réduire le stress, d’améliorer le bien-être mental et de faire chuter l’absentéisme.

Investir aujourd’hui dans le sport-santé, c’est faire le choix de la solidarité, de la prévention globale et d’une meilleure qualité de vie durable, pour mieux vivre et mieux travailler dans la Cité.

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