Article publié le 5 août dans La Nouvelle Revue Politique
Nous assistons aujourd’hui à un véritable point de bascule. Ce qui relevait autrefois d’une dérive marginale s’impose désormais comme une stratégie délibérée de contestation de nos valeurs fondamentales. Début août, la ministre de la Culture, Catherine Pegard, a brisé un tabou en dénonçant le harcèlement et les attaques ciblant systématiquement les artistes juifs en France. Disons les choses clairement : l’antisémitisme n’est plus une honte, il n’est plus rampant, il est devenu pour certains une normalité, voire un morceau de bravoure. Cette recrudescence inquiétante n’est pas un non-évènement. Elle s’inscrit dans une phase d’hystérisation de notre vie politique et de notre espace culturel, orchestrée par une mouvance militante – notamment aux dérives communautaristes flagrantes du côté de La France Insoumise – qui tente d’effacer le débat public au profit de l’invective, de l’amalgame et du boycott. En liant l’antisionisme radical au ciblage d’artistes français ou étrangers en raison de leur seule identité, ces nouveaux censeurs tournent le dos à l’héritage des Lumières et au pacte républicain.
L’antisémitisme affirmé : de la rue à l’école de la République
Le constat chiffré est implacable et exige notre lucidité. Depuis les attaques barbares du 7 octobre 2023, la communauté juive de France fait face à une vague inédite de violences. Plus de 3 200 actes ont été recensés. Les dégradations de biens privés, le vandalisme dans les synagogues et le vol de symboles religieux s’accompagnent d’agressions physiques insupportables : tentatives d’homicides, agressions dans nos transports et viol d’une enfant à Courbevoie.
Le constat chiffré est implacable, depuis les attaques barbares du 7 octobre 2023, plus de 3 200 actes ont été recensés.
Tout aussi grave, il y a aujourd’hui un vrai enjeu d’antisémitisme affirmé au sein même de l’école publique. Lorsque des parents se voient contraints de déscolariser leurs enfants parce que l’institution scolaire n’est plus capable de garantir leur sécurité absolue, c’est le cœur de notre modèle méritocratique et républicain qui vacille. Face à cette ignominie, la passivité ou l’indifférence de certains personnels éducatifs ou responsables politiques locaux est inacceptable. L’antisémitisme constitue un délit, pas une opinion !
Le monde de la culture pris en otage par le clientélisme identitaire
Le secteur des industries culturelles, qui devrait être le sanctuaire de la liberté d’expression et du pluralisme, est à son tour gangrené. Nous ne parlons plus ici de controverses esthétiques ou littéraires, mais d’un clientélisme identitaire manifeste qui organise la mise à l’index de citoyens. De la DJ Barbara Butch au dessinateur Joann Sfar, en passant par le chanteur Amir, ce sont tous les métiers de la création, des créateurs aux techniciens et intermittents, qui subissent des pressions intolérables.
Le secteur des industries culturelles, qui devrait être le sanctuaire de la liberté d’expression et du pluralisme, est à son tour gangrené.
Cette hostilité militante, nourrie d’un pseudo-wokisme et d’un islamogauchisme décomplexé, insuffle une haine de la différence digne des pires heures dogmatiques de l’Histoire. Même des artistes juifs critiques de la géopolitique proche-orientale se retrouvent censurés ou contraints d’annuler leurs représentations pour de simples raisons de sécurité. Cette capitulation face à la peur est une dérive antidémocratique majeure.
Face à la haine, l’exigence du combat et de la clarté
Face à ce péril systémique, les postures de communication et les discours d’intention ne suffisent plus. Bien que la diffusion de circulaires judiciaires aille dans le bon sens, changer les mots ne sert à rien si l’on ne déploie pas des moyens concrets et une fermeté absolue sur le terrain.
Face à ce péril systémique, les postures de communication et les discours d’intention ne suffisent plus. Bien que la diffusion de circulaires judiciaires aille dans le bon sens, changer les mots ne sert à rien si l’on ne déploie pas des moyens concrets et une fermeté absolue sur le terrain. Nous attendons la plus grande sévérité : le procureur de la République doit être systématiquement saisi, les maires doivent réagir avec force et l’État doit assurer une protection effective à chaque artiste menacé. La France, des Droits de l’Homme, ne peut tolérer aucune forme de discrimination ni aucun séparatisme. À l’approche du Sommet Mondial de la Culture qui se tiendra à Paris le 6 septembre 2026, nous attendons du Président de la République un geste fort, un arbitrage clair et sans ambiguïté. Devant les décideurs du monde entier, il doit réaffirmer qu’en France, la diversité culturelle ne pliera jamais devant les diktats politiques ou idéologiques.
Fidèles à la mémoire d’Alfred Dreyfus et de Marc Bloch, nous devons faire preuve d’une vigilance de tous les instants. Il est temps de substituer au ressentiment et aux invectives partisanes un véritable choc de pragmatisme républicain pour défendre nos libertés, protéger nos créateurs et préserver le pacte républicain qui nous unit.
Crédit photo : Magnific.com
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