Budget : l’État doit cesser de se soigner en asphyxiant ses PME

Article publié le 1er Septembre 2026 dans La Nouvelle Revue Politique

La France entre dans une nouvelle séquence de vérité budgétaire et Sébastien Lecornu a réuni lundi 31 août un séminaire ministériel sur le Budget. Les chiffres ne sont plus seulement ceux de Bercy ou de l’Insee : ils se lisent dans les carnets de commandes, dans les trésoreries qui se tendent, dans les recrutements reportés et dans les commerces qui hésitent à ouvrir un nouveau point de vente. La croissance a stagné au deuxième trimestre 2026, le pouvoir d’achat des ménages a reculé et le chômage a atteint 8,3 %, son plus haut niveau depuis 2020. Au même moment, la dette publique a atteint 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB. Les comptes publics imposent donc une consolidation. La question essentielle est désormais celle de la méthode : comment redresser les comptes publics sans casser le moteur qui permet encore à la France de produire, d’investir et d’employer ? C’est précisément là que le débat budgétaire doit changer de nature. La France n’a plus besoin d’un énième débat opposant artificiellement dépense publique et protection sociale, entreprises et salariés, économies et investissements. Elle a besoin d’une nouvelle stratégie : réduire les dépenses inefficaces, stabiliser les règles et protéger la capacité productive du pays.

Dépenser mieux, plutôt que taxer davantage

Dans le brouhaha politique, Sébastien Lecornu a posé une ligne qui mérite d’être entendue : réaliser des économies réelles, engager une réforme de l’État et rechercher une fiscalité raisonnable, sans casser la croissance. Le Premier ministre insiste désormais sur la nécessité d’économies structurelles plutôt que de rabots indistincts. C’est nouveau. La France ne pourra pas durablement financer son modèle social en augmentant à chaque exercice la pression sur ceux qui produisent. La réponse au déficit ne peut être une addition de contributions « exceptionnelles » devenues permanentes, de changements de seuils ou de dispositifs fiscaux dont les entreprises découvrent les contours au fil des arbitrages budgétaires. Le cas de la surtaxe sur les grandes entreprises est à cet égard révélateur. Présentée initialement comme temporaire, elle a déjà été reconduite et sa disparition en 2027 n’est désormais plus acquise. Roland Lescure a lui-même reconnu qu’il espérait la réduire mais que cette baisse n’était « pas acquise ».

La réponse au déficit ne peut être une addition de contributions « exceptionnelles » devenues permanentes.

Le véritable enjeu : restaurer la confiance

À la recherche de messages positifs, Roland Lescure a récemment proposé aux entreprises un « pacte de stabilité » pour 2027. Le ministre s’est notamment engagé à ne pas toucher au crédit d’impôt recherche (CIR), qu’il considère comme l’un des atouts de la France. Cette volonté de stabilité est bienvenue. Elle doit maintenant devenir la colonne vertébrale de la politique économique. Car le problème français n’est pas seulement le niveau des prélèvements. C’est l’instabilité permanente des règles. Un dirigeant de PME ne raisonne pas comme un comptable de l’État. Il ne peut pas repousser un investissement de trois mois parce qu’un arbitrage budgétaire est encore en discussion. Il doit signer un emprunt, embaucher, commander une machine, former un salarié, négocier avec son banquier et parfois engager son patrimoine personnel. La visibilité est donc une politique économique. Stabiliser les dispositifs favorables à l’investissement, préserver le CIR, donner de la lisibilité à la transmission des entreprises et éviter les hausses brutales du coût du travail sont autant de mesures qui ne coûtent pas nécessairement davantage à l’État mais qui peuvent rapporter beaucoup à l’économie réelle.

Un dirigeant de PME ne raisonne pas comme un comptable de l’État. Il ne peut pas repousser un investissement de trois mois parce qu’un arbitrage budgétaire est encore en discussion.

Le chômage nous rappelle que chaque emploi compte

Pendant que les débats budgétaires se concentrent sur les milliards d’euros à économiser, le marché du travail nous adresse un signal qu’il serait dangereux d’ignorer. Au deuxième trimestre 2026, le chômage a atteint 8,3 %, en hausse de 0,2 point sur un trimestre et de 0,7 point sur un an. Le nombre de chômeurs atteint désormais 2,7 millions. Le chômage des 15-24 ans s’établit à 21,6 %. Ce retournement doit conduire à une prudence absolue sur le coût du travail. Le premier ministre avait déjà posé ce principe lors de la construction du budget 2026 : les allègements de charges ne devaient pas être remis en cause, parce qu’augmenter le coût du travail, c’est prendre le risque de menacer l’emploi. Il avait également confirmé le soutien à l’apprentissage, notamment dans les PME. Dans une économie qui ralentit, le dernier réflexe devrait être de renchérir le coût de l’apprentissage ou d’une embauche. La priorité doit être au contraire de rendre l’emploi plus accessible, particulièrement dans les TPE PME qui n’ont ni service juridique, ni direction financière, ni capacité à absorber plusieurs milliers d’euros de charges supplémentaires.

Augmenter le coût du travail, c’est prendre le risque de menacer l’emploi.

Les défaillances d’entreprises : le signal que personne ne doit banaliser

Il existe un autre indicateur que les responsables publics devraient regarder avec autant d’attention que le déficit : les défaillances d’entreprises. À fin juin 2026, la Banque de France recensait 70 803 défaillances sur douze mois, en légère hausse. Derrière ces chiffres, il y a des salariés, des fournisseurs, des propriétaires qui ont engagé leur patrimoine et des territoires qui perdent progressivement leurs activités. Pour un grand groupe, une tension de trésorerie peut être temporairement absorbée par plusieurs instruments financiers. Pour une TPE-PME, quelques semaines de décalage de paiement peuvent suffire à transformer une difficulté conjoncturelle en crise de liquidité. C’est pourquoi la politique économique doit désormais accorder une attention particulière au financement court terme. Il faut faciliter l’accès aux lignes de trésorerie, développer des solutions d’affacturage réellement accessibles aux petites structures, améliorer les délais de paiement et renforcer les mécanismes de garantie lorsque le crédit bancaire devient trop prudent. Aujourd’hui, une entreprise peut mourir faute de trésorerie immédiate.

Il faut faciliter l’accès aux lignes de trésorerie, développer des solutions d’affacturage réellement accessibles aux petites structures, améliorer les délais de paiement et renforcer les mécanismes de garantie lorsque le crédit bancaire devient trop prudent.

La réforme de l’État plutôt que l’affaiblissement du tissu productif

Le redressement des comptes publics ne passera pas par « la VIème république » mais par une réforme de l’État et par une réflexion sur l’efficacité de la dépense, plutôt que par une succession de rabots indistincts. C’est précisément ce chantier qu’il faut ouvrir.

La question n’est pas de savoir quel ministère devra subir une baisse uniforme de 3 % ou 5 % mais de déterminer quelles missions doivent être conservées, lesquelles doivent être réorganisées et lesquelles ne correspondent plus aux priorités du pays et aux attentes des entreprises pour créer de la richesse. La France ne manque pas de dépenses publiques. Elle manque parfois de hiérarchie dans ces dépenses. Il faut donc supprimer les doublons administratifs, simplifier les procédures, accélérer la dématérialisation, revoir certaines strates de décision et mesurer systématiquement l’efficacité des politiques publiques. L’argent économisé sur la bureaucratie est de l’argent qui peut rester dans l’économie productive.

La France ne manque pas de dépenses publiques. Elle manque parfois de hiérarchie dans ces dépenses.

Le bon sens plutôt que le réflexe fiscal

La situation budgétaire de la France est suffisamment grave pour que l’on s’étonne que certains puissent promettre que tout sera possible sans effort ou en effaçant tout simplement notre dette. Et la croissance est actuellement trop faible pour repousser indéfiniment les décisions difficiles. La responsabilité budgétaire consiste à choisir de réduire les dépenses inefficaces plutôt que de pénaliser l’investissement. Choisir la stabilité plutôt que l’instabilité fiscale. Choisir l’emploi plutôt que l’augmentation du coût du travail. Choisir l’apprentissage plutôt que son rabotage. Choisir le financement des PME plutôt que leur laisser affronter seules le mur de trésorerie. Choisir enfin la réforme de l’État plutôt que la facilité du prélèvement supplémentaire. Le débat budgétaire de 2027 ne devrait pas être celui d’un État qui cherche simplement à trouver quelques milliards supplémentaires sur le dos des entreprises ou des investisseurs. Il devrait être celui d’une Nation qui se demande comment retrouver durablement de la dynamique entrepreneuriale et de la croissance. Les TPE-PME et ETI ne demandent pas à être dispensées de l’effort national mais de pouvoir travailler, investir et transmettre dans un environnement stable.

L’État doit se soigner, certes. Mais il ne peut pas prétendre guérir ses finances en asphyxiant ceux qui font vivre l’économie réelle. Et cette économie, en France, porte un visage bien connu : celui de nos entrepreneurs, de nos artisans, de nos commerçants, de nos TPE PME et de tous ceux qui, chaque matin, prennent le risque de créer de la valeur et de l’emploi. C’est eux qu’il faut protéger. Non pas de l’effort collectif, mais de l’instabilité permanente. Et la meilleure équation budgétaire reste celle qui allègera les charges des entreprises, les libèrera de leurs contraintes et permettra à l’économie réelle de continuer à croître dans les territoires.

Crédit photo : Maginific.com

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