Article publié dans La Nouvelle Revue Politique, le 2 janvier 2026
Je lance un appel solennel au Premier ministre : ne sacrifions pas l’avenir de la jeunesse et la compétitivité des entreprises sur l’autel des économies de court terme.
Alors que l’apprentissage s’est imposé comme une réussite majeure de ces dernières années, permettant à des centaines de milliers de jeunes de s’insérer durablement dans l’emploi, la mécanique se grippe. Entre coupes budgétaires et vision comptable, nous risquons de briser net un élan vital pour nos PME et l’emploi dans nos territoires.
La mécanique se grippe
Pour la première fois depuis la loi « Avenir professionnel », la machine à intégrer ralentit. Fin septembre 2025, le nombre d’entrées en apprentissage recule avec une baisse de 3,6 % pour les formations de l’enseignement supérieur. Pourquoi ? Parce que l’instabilité réglementaire et la réduction des aides envoient un signal désastreux aux employeurs des entreprises privées et de l’économie sociale et solidaire.
L’apprentissage dans le secondaire et dans le supérieur n’est pourtant pas un luxe, c’est une nécessité économique. En 2024, 59 % des employeurs d’apprentis comptaient moins de 10 salariés. Ce sont nos TPE, nos PME et les entreprises de l’ESS qui jouent le jeu. Pas par opportunisme fiscal mais pour sourcer les talents dont elles ont cruellement besoin, notamment pour des postes de commerciaux ou tournés vers l’international.
L’apprentissage dans le secondaire et dans le supérieur n’est pourtant pas un luxe, c’est une nécessité économique.
L’État semble pourtant faire fi des corps intermédiaires et des réalités de terrain. En imposant une participation obligatoire de 750 € pour les contrats d’alternance et en réduisant les aides à l’embauche, le résultat est immédiat : 40 % des contrats ont été signés avant l’été pour éviter cette taxe, créant un effet d’aubaine puis un coup d’arrêt brutal. Ne nous y trompons pas : considérer l’apprentissage comme une simple ligne de coût dans un fichier Excel est une erreur stratégique politique majeure. C’est un investissement d’avenir pour la Nation. Un ciment intergénérationnel.
L’illusion des économies budgétaires
Le désengagement de l’État est acté, avec une baisse drastique de la dotation exceptionnelle à France Compétences pour 2026. Pire, la révision technocratique des « niveaux de prise en charge » asphyxie nos CFA. Ces centres de formation, qui font un travail formidable d’accompagnement de nos jeunes et de nos entreprises, se retrouvent noyés sous les contraintes administratives et l’incertitude budgétaire.
Comment convaincre un chef d’entreprise de parier sur un jeune si les règles du jeu changent tous les six mois ?
Je vois chaque semaine la difficulté des entreprises à recruter dans tous les bassins d’emploi. Nous travaillons à structurer des partenariats pour orienter des profils qualifiés vers nos PME. Mais comment convaincre un chef d’entreprise de parier sur un jeune si les règles du jeu changent tous les six mois ?
La note du Trésor pointant le coût élevé de l’apprentissage en France par rapport à l’Allemagne oublie une chose essentielle : la structure de notre marché du travail et le rôle d’ascenseur social que joue l’alternance. Les économies recherchées – 1,3 milliard d’euros, dont près d’un milliard sur les aides aux entreprises – nous coûteront bien plus cher demain en chômage des jeunes et en fracture sociétale.
Un pacte de confiance
Au lieu de diviser pour régner en opposant les niveaux de qualification, unissons nos forces. L’apprentissage dans le supérieur permet à nos PME de se doter de cadres intermédiaires capables de porter leur développement, notamment à l’export. Nous devons inventer de nouveaux modèles plutôt que de détruire l’existant. Pourquoi ne pas explorer des financements partagés entre l’État, les Régions et les entreprises pour les cursus longs ? Pourquoi ne pas valoriser l’emploi des seniors à travers des CFA intergénérationnels, où l’expérience des uns nourrit l’apprentissage des autres ?
Une vision d’avenir, c’est de reconnaître que la jeunesse ne doit pas être une variable d’ajustement budgétaire et que l’entreprise est le premier lieu de formation et d’intégration. Les chefs d’entreprise sont prêts à s’engager, à former, à transmettre. C’est dans leur ADN. Mais ils ont besoin de visibilité, de stabilité et de soutien. Monsieur le Premier ministre, ne laissez pas la logique comptable briser la plus belle réussite sociale de la décennie. En 2026, faites le pari de la confiance !
Crédit photo : Freepik
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