L’emploi des jeunes non diplômés est un défi PME

Le Conseil Economique et Social Régional d’Ile-de-France vient de publier un rapport « égalité pour une citoyenneté active des jeunesses d’Ile-de-France », et on peut se demander si la « fracture sociale » qui touche les jeunesses en France est vraiment inéluctable. En effet, alors que sur le terrain de l’emploi on connait une embellie, les jeunes de moins de 25 ans restent plus exposés, que les autres tranches d’âge, aux situations de précarité. Aujourd’hui, 20% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Pour ces raisons, les actions en direction l’emploi des jeunes doivent faire l’objet de nos priorités.

De fortes disparités

On parle globalement des « jeunes de 16 à 25 ans » mais les jeunes sont en réalité une mosaïque. Des disparités fortes existent au sein « des jeunesses franciliennes », entre les étudiants qui connaissent une précarité temporaire, le temps de leurs études, et les jeunes, peu ou pas diplômés, qui doivent faire face à une précarité durable. Et la fracture se creuse, de plus en plus, entre diplômés et sans-diplômes. Les jeunes, peu ou pas diplômés, sont le plus souvent issus des quartiers populaires (QPV). Ils sont aussi mis à l’écart du marché du travail, vivent le chômage ou enchaînement des contrats précaires. Cette jeunesse est, de fait, exposée au risque d’exclusion sociale durable avec pour conséquences une impossibilité de subvenir à ses propres besoins, des difficultés pour se loger, mais aussi un sentiment d’inutilité sociale et de souffrance psychologique. Dans un souci de cohésion sociale, et aussi de l’indispensable attention pour les générations futures, nous devons enrayer cette spirale et encourager les jeunes à se projeter dans un avenir autre que celui d’un manque de perspectives.

Rendre autonomes les non diplômés

Malgré un dynamisme des jeunesses dans la vie associative, la vie locale, la politique, la « chose publique » et les valeurs républicaines ne sont pas au cœur de leurs préoccupations concrètes. En ce domaine, faute d’intégration pour la majorité jeunes déscolarisés, le climat est plutôt au scepticisme voire au rejet de nos institutions. Pourtant, en Ile-de-France, des initiatives existent en matière d’hébergement temporaire, d’aide alimentaire, et de prévention des risques sanitaires. Il en est de même en matière culturelle. Mais ces initiatives restent méconnues. Idem pour l’emploi avec des dispositifs centrés sur les incitations financières à l’embauche (emplois francs…). Ce qui existe va dans le bon sens mais ne suffit plus à favoriser l’emploi des jeunes non diplômés ni répondre aux besoins des TPE PME qui recherchent des compétences formées, voire à former. Il faut repenser ces mesures avec d’autres temporalités pour en maximiser la complémentarité et l’efficacité. Elles doivent aussi être complétées par des actions destinées à permettre l’autonomie des jeunes, en particuliers des NEETs (ni en emploi ni en formation) en accord avec leurs aspirations pour leur permettre de se projeter et de devenir autonomes.

Ouvrir le champ des possibles

On ne peut plus accepter de sacrifier des générations et de voir des jeunes verbaliser des projets en décalage de leurs compétences et de leurs aspirations.

Dès l’école, les « bons élèves » en section générale puis bacheliers sont encouragés à se rendre à l’étranger, réaliser des stages, se lancer dans des projets personnels, apprendre des langues… On leur laisse le temps de construire des préférences en accord avec leurs possibilités. Mais dès qu’un élève a des difficultés sociales et scolaires précoces,  il est immédiatement confronté à l’injonction de construire un projet professionnel, par nécessité et par défaut. On ne peut plus accepter de sacrifier des générations et de voir des jeunes verbaliser des projets en décalage de leurs compétences et de leurs aspirations. Pour ces raisons, les TPE et PME doivent, en partenariat avec les écoles, permettre aux élèves en difficultés de tester des métiers en entreprise par le biais de contrats dédiés (périodes de mises en situation en milieu professionnel, stages de découverte…). Multiplier les occasions de stages en milieu professionnel durant la scolarité, sans focaliser sur la construction d’un projet professionnel imminent, c’est déjà appréhender la vie économique.

Sensibiliser tous les acteurs

Se rapprocher des TPE PME, qui représentent plus de 96% des entreprises, est un atout. Surtout qu’elles bénéficient d’une palette élargie de métiers

Les différents acteurs qui accompagnent actuellement les jeunes (missions locales, associations d’insertion, enseignants…) et qui font du bon travail, doivent aider les jeunes à s’approprier les codes de l’entreprise, le savoir-être. Mais aussi travailler sur la remobilisation des compétences acquises dans le cadre d’expériences professionnelles précédentes, d’activités extra-professionnelles, sportives par exemple. Se rapprocher des TPE PME, qui représentent plus de 96% des entreprises, est un atout. Surtout qu’elles bénéficient d’une palette élargie de métiers. Encourager la mise en emploi des alternants et le renforcement des liens entre les écoles, les missions locales et les entreprises doit maintenant devenir naturel. C’est en travaillant à la visibilité, à l’attractivité des TPE-PME sur le territoire et en accélérant la valorisation des initiatives telles que « le plan 1000 jeunes » en Ile-de-France, que l’on inversera progressivement la tendance.

Dans un monde complexe, les parcours non linéaires doivent être vus, désormais, comme des atouts majeurs. Nous devons porter attention, également, au développement des qualités de polyvalence et non plus seulement se focaliser sur les diplômes. N’oublions pas que « la marginalité » est à l’origine de belles réussites d’entrepreneurs. Encore faut-il accepter de penser autrement et voir les choses sous un autre angle, c’est-à-dire : mettre en place des politiques de recrutement ouvertes, centrées sur les TPE PME et non plus seulement formatées pour les grands groupes.

Bernard COHEN-HADAD
Président du Think tank Etienne Marcel

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