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TRIBUNE | Présidentielle 2022 : C’est maintenant que tout commence !

La réélection d’Emmanuel Macron est historique puisqu’il devient le premier président de la République réélu hors cohabitation depuis le général de GAULLE en 1965. Et dans un contexte de crise militaire aux portes de l’Europe, elle honore la France et les Français. Mais nul ne saurait crier victoire parce que l’analyse des messages est préoccupante, parce que les défis à relever sont nombreux et parce que le nouvel Exécutif ne pourra pas compter sur le moindre “état de grâce” afin d’impulser l’action du nouveau quinquennat.

Entendre les messages politiques

« Ancrer une politique de réformes sur l’écoute des populations dans les territoires est devenu indispensable. »

Nul ne doit crier victoire car l’analyse des résultats est préoccupante. L’abstention massive des Français et la progression effrayante de l’extrême droite invitent à l’humilité. Pourtant, le candidat a bénéficié du “front républicain”, même émoussé et, reconnaissons-le, à une ou deux exceptions près, d’un “front médiatique” pédagogique par la publicité comparative des programmes.

L’extrême droite représente désormais, hélas, près d’un Français sur deux. La France est divisée, voire fracturée. Les Français se rejettent et se querellent. Anti-lepénisme et anti-macronisme se font face. La défiance est là, elle croît et s’ancre. Les orphelins et les abstentionnistes du 1er tour ont peiné à arbitrer leur “dilemme moral” – barrage ou vote sans conviction ? Quant à ceux du 2nd tour, ils ont tout à la fois rejeté le vote extrême, le vote blanc et le “front républicain”. Au fil des scrutins, les Français oscillent entre lassitude, inquiétude et colère.

La concorde nationale devra donc prioritairement être restaurée dès l’aube du quinquennat. Sans pour autant renoncer à dégripper et relancer la machine réformatrice suspendue par la crise sanitaire. Car un pays tombe s’il s’arrête de réformer pour s’adapter à l’évolution du monde et des attentes de sa population. La réforme n’est pas opposée à la concorde ; au contraire, elle en est probablement une des conditions.

Le président réélu devra rapidement relancer une réforme des institutions afin de retisser le lien de confiance distendu entre les Français et leurs représentants, avec une dose de représentation proportionnelle et l’association renforcée et durable des citoyens dans le cadre d’un nouveau “grand débat permanent” et de concertations locales. Ancrer une politique de réformes sur l’écoute des populations dans les territoires est devenu indispensable. 

Il ne pourra pas davantage faire l’économie d’une réforme de l’État, “mère de toutes les réformes”, pour améliorer l’action publique, oxygéner l’élite de la République et renforcer la proximité démocratique et économique dans les collectivités, à commencer par les régions.

Décomposer, recomposer

« Ce clivage recoupe partiellement un clivage de classe entre “bloc élitaire” et “bloc populaire” ».

La réélection d’Emmanuel Macron confirme que le processus de décomposition – recomposition du paysage politique français amorcé en 2017 n’était pas une parenthèse mais une étape. L’élection présidentielle ouvre une nouvelle phase. Elle consolide une restructuration hors du traditionnel clivage gauche-droite avec la tripartition des forces en trois pôles (LREM, LFI, RN) suivant un nouveau clivage de type mondialisation / altermondialisation, avec un centre favorable à la mondialisation dans ses deux volets culturel et économique, une extrême gauche voulant une autre mondialisation économique et une extrême droite voulant une autre mondialisation culturelle. Ce clivage recoupe partiellement un clivage de classe entre “bloc élitaire” et “bloc populaire”. Les deux partis PS et LR sont en voie d’effacement au niveau national car ils ne médiatisent pas ce nouveau clivage mais, au contraire, sont fracturés par lui. Leur ancrage local pourrait bientôt ne plus suffire à leur survie dans les collectivités…

Cette recomposition politique va être accélérée dans les prochaines semaines jusqu’aux élections législatives des 12 et 19 juin. Les Français ne choisiront probablement pas la cohabitation ou une majorité présidentielle relative. Le choix du prochain Premier ministre comme les accords électoraux vont probablement redessiner l’offre politique.

En tout état de cause, cette recomposition politique peut être une opportunité si elle permet de réajuster l’offre et la demande électorale pour mieux écouter et prendre en compte les besoins, les attentes et les espoirs des Français.

Small is beautiful

« Faisons enfin cette révolution culturelle, changeons d’échelle économique et humaine pour mettre en place dans nos territoires une vraie politique en faveur des petites et moyennes entreprises. »

Au cours du quinquennat qui commence, le président réélu devra s’engager résolument dans une politique en faveur des jeunes, de l’écologie responsable et de la redynamisation du tissu économique en soutenant un plan massif des TPE-PME dans tous les territoires, y compris ruraux, car c’est bien in fine de lien social, d’emploi et donc d’humain dont il s’agit.

Comme les Français, les petites entreprises veulent que l’on montre qu’on les écoute, qu’on les aime et que l’on fournit des efforts pour répondre concrètement à leurs inquiétudes. Depuis des années, “small is beautiful” n’est qu’un beau slogan. Faisons enfin cette révolution culturelle, changeons d’échelle économique et humaine pour mettre en place dans nos territoires une vraie politique en faveur des petites et moyennes entreprises.

Encourager le développement des petites et moyennes entreprises dans les territoires, continuer la redynamisation économique des quartiers, favoriser l’installation des jeunes entrepreneurs dans les territoires ruraux ou les grandes métropoles, penser à ce qui est justement supportable est acceptable en normes nouvelles pour que les TPE et PME réussissent, mieux se soucier des travailleurs, de l’environnement et des ressources naturelles locales, est un beau challenge à remporter.

Pour conclure, un puissant motif d’espoir : affranchi de la contrainte d’une réélection et soucieux d’entrer dans l’Histoire en y laissant une trace durable, le président réélu pourrait, en dépit de l’ouverture de la course à sa succession, se révéler un ardent réformateur. C’est tout le mal que nous pouvons souhaiter à la France et aux Français.

Crédit photo : Image par Laurence Gras de Pixabay

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