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TRIBUNE | ROME-PARIS, DES SYNERGIES à RENFORCER !

La signature par la France et l’Italie le 26 novembre 2021 d’un traité pour une coopération bilatérale renforcée, dit “traité de Quirinal”, est un moment historique dans la relation entre nos deux pays et sa consolidation.

Ce texte symbolique, qui a moins été médiatisé que la visite d’Emmanuel Macron au Pape François, prévoit pourtant des axes de coopération renforcée en matière de diplomatie et de défense, ainsi que dans différents domaines, comme les transitions numériques et environnementales, la culture et l’éducation, la coopération économique et industrielle, ou encore l’espace. Dans une période où l’implication des jeunes dans la cité est devenue un enjeu, il instaure un service civil commun pour les jeunes des deux pays. Et prévoit également l’invitation régulière de ministres aux conseils des ministres respectifs, sur le modèle du traité d’Aix-la-Chapelle. Et comme la diplomatie économique reste affaire de spécialistes, rappelons que le traité du Quirinal est une chose rare en Europe. En effet il s’agit seulement du second traité signé par la France après celui de l’Elysée paraphé en 1963 avec l’Allemagne entre le Général de Gaulle et Konrad Adenauer. 

Un jumelage exclusif inédit

Le traité du Quirinal ouvre des horizons intéressants, et il sera encore plus important s’il y aura une réelle volonté de deux pays de redéfinir une vision et une stratégie commune face aux multiples défis auxquels ils sont confrontés.

Les noms des deux capitales rayonnent dans le monde. Paris et Rome sont des villes latines historiques. Elles sont les deux seules villes au monde liées depuis 65 ans par un jumelage exclusif, parce que “seule Paris est digne de Rome, seule Rome est digne de Paris”, là où la plupart des autres grandes capitales sont en général jumelées avec plusieurs villes. Ce jumelage exclusif du 30 janvier 1956 favorise les échanges culturels et scientifiques entre nos deux villes à travers divers événements. La relation entre Paris et Rome est à l’image de celle entre nos deux pays : ancienne, unique et fructueuse, mais elle doit être encore consolidée. 

Notre relation bilatérale est à la mesure de la coopération entre deux partenaires frontaliers, membres fondateurs de l’UE et étroitement liés par des échanges économiques, culturels et historiques. Au plan économique, la France et l’Italie sont un partenaire commercial majeur l’une pour l’autre. La France est le 2e client et le 2e fournisseur de l’Italie, tandis que l’Italie est le 3e client et le 3e fournisseur de la France.

La relance économique constitue le levier de croissance indispensable aux deux pays pour sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvent. Et ceci passe incontestablement par des réformes certes mais aussi à travers le développement de nouvelles synergies économiques dans les domaines de l’innovation, en France comme en Italie. Et le traité du Quirinal représente une formidable opportunité d’attendre des objectifs à la hauteur de ce rapprochement. 

L’économie franco-italienne se base déjà sur une forte interdépendance, tant sur le plan industriel que financier avec plus de 4.000 entreprises installées de deux côtés des Alpes, qui représentent plus de 300.000 salariés dans différents secteurs tels que les banques, l’automobile, la chimie, l’aérospatial, l’énergie, la construction et les travaux publics, le secteur naval, la sidérurgie, la mode, l’industrie agroalimentaire, les transports et les biens d’équipement.

L’accord bilatéral pourra donner un ultérieur apport en définissant les axes prioritaires à développer tels que le cloud computing, la quantique, l’intelligence artificielle. Sur la quantique comme sur l’intelligence artificielle, la France comme l’Italie peuvent s’appuyer sur leurs pôles d’excellence et développer d’importantes synergies et projets stratégiques communs avec un fort soutien de pouvoir publics. Leur proximité culturelle peut jouer un atout majeur car rappelons que ce technologiques sont dominantes également dans le secteur de la défense.

Un autre sujet central est constitué par la formation aux métiers du futur. Pour cela les deux pays pourraient développer de programmes de formation communs et résoudre en partie le manque de haut profils dans les domaines stratégiques et éviter le départ dès leur meilleurs ressources vers d’autres pays actuellement plus attractifs.

Le traité du Quirinal ouvre des horizons intéressants, et il sera encore plus important s’il y aura une réelle volonté de deux pays de redéfinir une vision et une stratégie commune face aux multiples défis auxquels ils sont confrontés. Ceux deux pays ont beaucoup d’atouts, de points de force et aussi ils connaissent les mêmes inquiétudes. Jouer donc la compétition entre ces deux pays n’est pas seulement inutile mais risques d’affaiblir encore plus leur position. C’est le bon moment pour surmonter les différences et s’inscrire dans une nouvelle démarche capable de jouer ensemble un rôle majeur en Europe et dans le monde.

Devenir des villes “entreprise-friendly”

Les municipalités devraient mettre en place à leurs côtés un conseil économique et social composé de représentants patronaux, syndicaux et associatifs

Nos villes sont différentes.  A Rome, proportionnellement, on compte moins de grandes enseignes qu’à Paris et les indépendants peuvent encore continuer de rester ouverts y compris dans les zones de forte activité touristiques. Mais il est vrai que, le long de la Seine ou aux abords du Tibre, certaines politiques municipales contraignent et corsètent l’activité des entrepreneurs. C’est parfois le cas dans le domaine de la mobilité et de l’espace public, lorsque certains aménagements réduisent les zones de chalandise, assèchent les flux passants, compliquent l’approvisionnement comme la livraison. Les externalités négatives de certains de ces aménagements impactent par ricochet les habitants, qui sont aussi des clients : accentuation du sur-tourisme, renchérissement du coût du logement, raréfaction des commerces de proximité et de bouche, nuisances inhérentes à une économie davantage tournée vers la consommation à l’extérieure, les bars et la restauration, etc. 

Ces politiques municipales manquent généralement d’une appréhension globale des mobilités pour fluidifier les déplacements et améliorer l’intermodalité. C’est pourquoi, plus largement, les municipalités devraient mettre en place à leurs côtés un conseil économique et social composé de représentants patronaux, syndicaux et associatifs, afin de faciliter et de renforcer la communication entre les protagonistes de l’économie urbaine que sont les TPE-PME et les institutions. 

Travailler autrement dans les grandes villes

Et là aussi, de par leur taille humaine, les TPE-PME sont les entreprises les plus adaptées pour permettre à chacun – patron et collaborateur – de se réaliser au travail et d’agir concrètement pour accomplir sa mission.

Dans la pandémie qui dure et au-delà, l’entreprise, quelle que soit sa taille, est amenée à travailler différemment dans la ville, sous la double pression de ses clients et de ses collaborateurs. Les attentes du marché et les attentes au travail ont évolué. L’économie de confinement a accéléré des changements de production et de consommation utiles et attendus. A commencer par la numérisation des entreprises, le télétravail et la revitalisation de l’économie résidentielle, après que le domicile soit devenu tout à la fois un bureau, une école, une salle de cinéma, un gymnase et même un restaurant ouvert matin, midi et soir… 

Cette économie de confinement a confirmé que le numérique est le levier de la relance économique des TPE-PME, avec le relais de croissance de l’extension des marchés et le télétravail, pour répondre tout à la fois à la demande des clients pour du e-commerce et à la demande des collaborateurs pour du travail hybride ou “phygital”. Les TPE-PME parisiennes ou romaines ont tout à gagner à concilier numérique et proximité pour réussir leur révolution de la “proximité augmentée”. 

Après avoir été longtemps un signal faible, l’évolution des attentes au travail et des critères de la réalisation de soi au travail est devenue une tendance lourde. Et si Rome est à quelques kilomètres de la mer et Paris à autant de distance des grandes forêts franciliennes, la quête de sens enchevêtre de plus en plus étroitement cette réalisation de soi et le projet collectif sociétal. Mieux vivre et mieux travailler dans la cité est devenu une priorité pour nos entrepreneurs et leurs collaborateurs. Et là aussi, de par leur taille humaine, les TPE-PME sont les entreprises les plus adaptées pour permettre à chacun – patron et collaborateur – de se réaliser au travail et d’agir concrètement pour accomplir sa mission.

Aller plus loin

Et c’est justement parce que notre histoire est commune et que notre envie de travailler ensemble nous anime que nous voulons renforcer les liens et la coopération décentralisée entre Paris et Rome. Dans cet esprit, nous pourrions explorer les pistes suivantes. D’abord compléter le jumelage culturel et scientifique de 1956 d’un axe d’échanges économiques entre nos villes (revenons à l’âge d’or de la coopération  culturelle entre Paris et Rome). Ensuite créer un rendez-vous annuel avec les acteurs économiques et les élus politiques de nos deux villes au cours duquel nous croiserons les regards sur le rôle que jouent nos organisations patronales, les organisations de salariés et les grandes associations, dans la vie économique et sociale des entreprises de nos territoires afin d’identifier les voies et les moyens de coopérations internationales privilégiées entre les acteurs économiques de nos deux villes. Enfin, faire en sorte de redonner à chacun d’entre -nous l’espoir d’une vie plus douce.

Bernard COHEN-HADAD, Président de la CPME Paris IDF et du Think Tank Etienne Marcel
Edoardo SECCHI, Président du Club Italie-France

Publié également dans LA TRIBUNE

Crédit photo : Yara Nardi/Reuters

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