Tribune | Pour que la rentrée ne soit pas synonyme de retour…

Le quinquennat d’Emmanuel Macron avait pourtant débuté sous de bons auspices avec l’ouverture à d’autres familles politiques, des élus issus de la société civile, de nouveaux espoirs, une dynamique sociale et un train de réformes économiques pour rebattre un certain nombre de cartes dans le sens d’une société plus juste, plus équitable.

Redonner du sens au vivre-ensemble

Le mouvement des gilets jaunes a grippé la machine. Il a marqué une fracture profonde et révélé une volonté de rupture entre une partie de notre population, la pratique institutionnelle, la classe politique et le changement attendu dans les territoires. La défiance vis-à-vis des corps intermédiaires entretenue par une grande partie de la classe politique, depuis une quinzaine d’années, laisse place à la contestation spontanée, multiforme et ultra-médiatisée de la rue. La contestation tous azimuts et la violence, y compris mortelle contre les personnes, ne sont plus seulement le fait des « jeunesses », des « banlieues », des « extrêmes ». Elles touchent de nombreuses classes sociales, les familles des grandes villes ou du monde rural, qui se sentent délaissées ou mal représentées.

Il faut renouer avec l’action territoriale, valoriser les nouvelles compétences, accepter le débat d’idées même s’il dérange, mettre un terme à l’immobilisme des connivences et ne pas transiger sur la laïcité.

Alors que les Français s’intéressent au monde qui les entoure, l’abstention électorale massive, l’affaiblissement profond des partis politiques, la violence croissante, la multiplication des communautarismes, et la récurrence des mouvements sociaux doivent nous inquiéter. Car au-delà du passe sanitaire, ce qui est en cause, ce n’est pas la République, ce ne sont pas nos institutions mais leur fonctionnement avec une démocratie intermédiée qui ne joue ni son rôle d’opposition, ni son rôle de proposition politique. Même l’antisémitisme, qui a toujours été sous-jacent dans notre société – y compris dans certaines de nos organisations patronales – malgré les lois et les alertes, s’affiche décomplexé, comme une nouvelle vérité.

La gestion de la crise sanitaire, y compris dans son volet économique, a montré une forte demande de localisation de l’action publique et de fléchage de proximité. Il faut renouer avec l’action territoriale, valoriser les nouvelles compétences, accepter le débat d’idées même s’il dérange, mettre un terme à l’immobilisme des connivences et ne pas transiger sur la laïcité !

Distribuer de nouvelles cartes

Seule la vaccination va nous permettre de tourner la page de la tragédie de la Covid-19 et des variants même si nous devons, pendant encore un certain temps, vivre dans l’incertitude sanitaire. Mais, pour tirer profit de la crise, nous devons accepter de penser, de vivre et de travailler autrement. Dans le débat public, comme dans le monde de l’entreprise, arrêtons d’écouter les courtisans du statu quo qui, faute d’idées nouvelles, apportent de l’eau à un moulin qui tourne déjà très bien sans eux.

Face aux moyens financiers des géants du web, il faut accompagner les TPE PME pour aller plus loin. Car le numérique c’est leur survie à long terme : simplifier leur facturation, leur communication avec leurs clients, leurs fournisseurs et l’administration, et c’est aussi sécuriser les paiements…

De grands défis doivent être relevés, ici et maintenant. Prioritairement notre économie. Elle doit devenir plus verte, plus responsable dans sa gestion et dans son environnement. Et nous avons besoin plus que des mots pour asseoir durablement, en régions, notre autonomie stratégique, valoriser l’orientation vers les filières en devenir dans nos bassins d’emplois et favoriser le développement de l’économie circulaire. Le numérique ne peut pas continuer à être promu ad nauseam si on n’augmente pas enfin sérieusement le niveau des aides pour les entreprises. Avec les moyens du bord, les TPE PME ont fait un bond sans précédent dans le télétravail, dans leur relation au numérique et dans la création de leur “vitrine numérique”. Mais face aux moyens financiers des géants du web, il faut les accompagner pour aller plus loin. Car le numérique c’est leur survie à long terme : simplifier leur facturation, leur communication avec leurs clients, leurs fournisseurs et l’administration, et c’est aussi sécuriser les paiements…

Autre priorité, favoriser durablement l’emploi des jeunes et leur insertion dans la vie de la Cité. Les bons chiffres de l’apprentissage sont là mais une hirondelle ne fait toujours pas le printemps. De trop nombreux jeunes (étudiants, lycéens, alternants…) restent éloignés de l’emploi, de la santé, du logement et de la culture. Créons et multiplions les garanties publiques territoriales, voir les parrainages d’entreprises, pour leur garantir un accès décent à tout ce qui leur fait défaut actuellement, pour « une citoyenneté active » au titre de la solidarité entre les générations.      

Valoriser notre solidarité économique

Initiative sans précédent et courageuse économiquement, la stratégie du “quoi qu’il en coûte” n’a pas été du luxe ! Elle a évité un économicide et aidé nos entrepreneurs impactés par les fermetures administratives décidées par l’Etat. Certains dispositifs d’aides n’ont du reste pas fait « carton plein » et leurs enveloppes budgétaires ont à peine été consommées par les TPE PME, faute de demandeurs. Cette stratégie a été nécessaire, face aux alertes sanitaires des variants, pour sauvegarder l’emploi, protéger la capacité de rebond de l’économie et compenser le préjudice subi par les entreprises.

Ne reproduisons pas l’erreur de la sortie de crise de 2009, quand le rebond de la croissance avait été alors anéanti par la volonté de rétablir trop vite l’orthodoxie budgétaire.

Bien entendu, il faudra, le moment venu, revenir à un fonctionnement régulier de nos économies, retirer ces aides et tourner le dos aux restrictions, contraintes et autres protocoles qui grèvent notre gestion quotidienne et ont un effet sur le moral des entrepreneurs et de leurs salariés. Et si certains s’inquiètent, plus que de raison, du niveau actuel des dépenses publiques, ne reproduisons pas l’erreur de la sortie de crise de 2009, quand le rebond de la croissance avait été alors anéanti par la volonté de rétablir trop vite l’orthodoxie budgétaire. En réalité, la dette Covid est une bonne dette jusqu’au terme de la crise sanitaire. Elle garantit ce rebond de croissance attendu !

En régions, à l’instar de l’Ile-de-France, on l’a bien compris en venant en complément de l’Etat pour l’aide aux loyers, l’aide au numérique, l’installation des terrasses de restaurants et en mettant en place un dispositif pour effacer une partie de la dette des TPE PME. Aujourd’hui, il serait dommage, à quelques mois d’une élection présidentielle et alors que l’immunité sanitaire collective n’est pas atteinte, d’entamer un virage à 180 degrés. Retirer trop vite la perfusion des aides économiques, briser la chaîne des solidarités, abandonner les entreprises des secteurs affaiblis par la crise, serait une erreur, pour ne pas dire une faute. Beaucoup d’efforts s’avéreraient alors immédiatement avoir été consentis en vain…

Bernard COHEN-HADAD
Président du think tank Etienne Marcel
Président de la CPME Paris Île-de-France

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