Doubler le plafond des livrets ne doublera pas le financement des PME-PMI

Doubler le plafond des livrets ne doublera pas le financement des PME-PMIAu lieu d’une annonce de rentrée, le débat sur le doublement du plafond du Livret A aura tourné court. Les mesures adoptées auront-elles un effet « pschitt » ou un réel effet « booster » sur le financement des PME-PMI ? Alors que la dette publique et les règles prudentielles sont incontournables et qu’ en matière d’épargne les français jouent la confiance et la sécurité. Les entreprises moyennes sont aujourd’hui encore dans l’attente de financements à court terme et à long terme. Quant au Livret d’Epargne Industrie (LEI) que l’on prépare, il devrait financer les entreprises et les industries moyennes. On veut croire qu’il s’agit bien de « toutes » ces entreprises !

Actuellement, une partie du financement des PME-PMI passe par la part non centralisée de l’épargne réglementée (Livret A et Livret de Développement Durable) et par l’assurance vie. Des efforts de traçabilité ont été réalisés par l’Observatoire de l’Epargne Réglementée. C’est bien, mais il faut aller plus loin dans un domaine où les entreprises réclament plus de moyens, de souplesse et de réactivité ! Les entreprises restent dans l’attente d’un véritable tableau de bord de l’utilisation de ces fonds dans la destination et la distribution. Aux banques d’améliorer leurs retours statistiques et de fournir une photographie précise des fonds affectés aux PME indépendantes. Ce sera aussi l’enjeu de la Banque Publique d’Investissement (BPI) avec les fonds du nouveau Livret d’Epargne Industrie. Et réclamer des données régionales c’est améliorer le dialogue banques-entreprises. Chacun le sait, la collecte du Livret A, en période de crise, est dynamique parce qu’elle est un placement de cout terme disponible et rentable pour les ménages. Pour être un atout pour les entreprises elle doit être stabilisée et transformée en épargne longue. L’Etat doit donc maitriser l’attractivité des taux servis sur ces produits pour financer la recherche, l’innovation, l’exportation car les entreprises ont besoin de temps. Une trop forte attractivité de l’épargne courte, qui séduit une population soucieuse et vieillissante, ne doit pas gêner le financement des entreprises par l’assurance vie.

En effet, financer les entreprises moyennes ne consiste pas à avancer par cloche pied. C’est pourquoi, il faut parallèlement stabiliser, valoriser les dispositifs fiscaux qui touchent l’assurance vie et encourager les jeunes actifs à épargner. Et obtenir des assureurs de financer les PME patrimoniales avec le même souci de visibilité que l’on attend des banquiers. Ce n’est pas un exercice facile car une partie de nos édiles pensent que l’assurance vie est « un support pour les riches ». C’est faux, comme de croire que l’instabilité juridique et la multiplication de mesures de rétroactivité fiscale négatives que supportent, depuis des années, ces produits d’épargne n’ont pas d’effet sur la collecte. Pour le financement de long terme onze assureurs, alliés à la Caisse des Dépôts, ont créé deux fonds d’investissement « Nova 1 » et « Nova 2 » pour investir des capitaux à l’occasion des introductions et des augmentations de capital, exclusivement dans les PME-ETI françaises cotées des secteurs industriels et des services. Un bilan doit être fait pour mesurer l’effet sur cette catégorie d’entreprises. Mais le financement par les assureurs ne saurait concerner qu’une petite partie des entreprises. Il faut le faire évoluer et l’ouvrir, sous conditions, à toutes les catégories d’entreprises indépendantes. En ce domaine beaucoup de choses doivent être créées ensemble. Et il est temps !

Le doublement du plafond du livret A va répondre à son double objectif: appliquer une mesure du programme du candidat François Hollande et améliorer la collecte. Mais il ne doublera pas, en proportion, les fonds aux entreprises moyennes. Laisser le dire, ou le faire croire, c’est forcément décevoir la plus grande partie des entrepreneurs. En revanche, si l’on s’y prend avec méthode, cette réforme peut être l’occasion de remettre à jour notre système de financement des entreprises moyennes patrimoniales par l’épargne tout en protégeant nos équilibres financiers sur le long terme. Et ce n’est pas moins ambitieux !

Article publié sur laTribune.fr

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